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Blog de critiques de spectacles vivants

18 Mar

JULES CÉSAR - PARTIE 1 - LES ARMES À LA MAIN

Publié par Matthias Claeys

JULES CÉSAR - PARTIE 1 - LES ARMES À LA MAIN

D'après Jules César de Shakespeare / mise en scène de Sarah Gerber / collectif TDM / La Loge

La République Romaine vit ses dernières heures, César qui avait refusé d'être couronné roi va devenir imperator. Brutus érigé en chef de file, les liberatores fomentent, assoiffés de libertés, d'idéaux, de frustrations, de peurs, l'assassinat de leur chef. Cette histoire, tout le monde la connait, l'homme qui voulait être le premier de Rome lardé de vingt-trois coups de poignards, achevé par Brutus, et lui réservant ses derniers mots : toi aussi mon fils...

De cet épisode crucial pour l'Antiquité Romaine, Shakespeare en a fait une de ses premières grandes tragédies, Jules César. Bien qu'elle porte le nom de l'empereur romain, elle se concentre surtout sur la figure tragique de Brutus, le fervent républicain, qui a vu dans cet acte un devoir envers ses ancêtres et envers ses idéaux, et non une trahison. Jules César y est comme une ombre, un bruit perpétuel, une présence indéboulonnable.

Sarah Gerber attaque cette tragédie depuis un angle particulier : elle enferme ses protagonistes sur un plateau où s'impose une table massive, leur interdit d'en partir, comme dans une réunion de famille de laquelle on pourra sortir une fois que les choses graves auront été dites. Au milieu des hommes est Jules César, incarné par une actrice, ce qui lui donne d'emblée un autre statut : Jules César est autre chose qu'un homme parmi les hommes, il n'entre pas dans les mêmes considérations, il est ailleurs. Enfin, le texte de Shakespeare ne sera pas dit. Ce qui se joue ici, ce n'est pas la tragédie, c'est l'entre-les-lignes, c'est avec d'autres mots, c'est une mise au présent (pas une actualisation, ça n'a rien à voir), une mise en jeu à l'instant où les choses se font, avant que la poésie ne se soit posée dessus. Les hommes y sont torturés et brutaux, vigoureusement incarnés, leurs idéaux, leurs désespoirs, leurs déceptions et leurs craintes ne sont pas intellectuelles, elles prennent aux tripes, elles leur sortent de partout, comme des enfants en colère. César est lunaire, à la limite de la brisure et en même temps à peine troublé, doux, joueur. Comme s'il savait l'issue des choses. L'inéluctable avance, jusqu'à ce que la décision soit prise, jusqu'aux dernières tergiversations, jusqu'à ce qu'on soit bien d'accord, jusqu'à ce que César meurt, jusqu'au chant final.

Le concept, qui rappelle les Chiens de Navarre et certains spectacle de Gwenaël Morin, a ses limites. Le fait que les comédiens n'aient pas un texte sur lequel s'appuyer empêche le propos d'éclater et d'accéder à un autre niveau de compréhension qui serait parfois le bienvenu, mais on retient surtout que le collectif TDM signe un acte radical, qui expose brutalement une déchirure qui se crée, évite les méchants et les gentils pour montrer des hommes en proie avec eux-mêmes, avec ce qu'ils pensent être la justice, le devoir, le moins pire à faire. Évitant le discours et préférant le corps et la spontanéité, les choses nous sont données à voir sous un jour plus cru, plus cruel peut-être, presque sans fard, et c'est assez rare pour être apprécié.

Matthias Claeys

Jules César - Partie 1 - Les armes à la main
Collectif TDM
d'après Jules César de Shakespeare
mise en scène de Sarah Gerber
avec Fitzgerald Berthon, Camille Broillard, Rémy Carpentier, Nicolas Chevrier, Thomas Mallen et Maxime Villeléger
Collaboration artistique et création lumière : Sébastien Roman

Du 18 au 21 mars - 21h
La Loge
77 rue de Charonne - Paris 11 - Métro Charonne
www.lalogeparis.fr - 01 40 09 70 40
Durée : 1h10
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