LA LÉGENDE DE BORNÉO
Reprise du spectacle du Collectif L'Avantage Du Doute // Théâtre de la Bastille // Du 4 au 26 juin 2013
Spectacle jouisseur, foutraque et intelligent.
Le Collectif l’Avantage du Doute se penche sur le travail, invente «la « toyotisation » de l’individu, se demande ce que notre approche du travail aujourd’hui dit de nous, dit du monde dans lequel on vit, et en rit. Le rire est subversif, le questionnement est primordial, et le spectacle l’endroit joyeux où ils coexistent et se nourrissent.
Après « Tout ce qui nous reste de la révolution, c’est Simon », qui s’interrogeait sur l’héritage de Mai 68, le Théâtre de la Bastille accueille à nouveau L’Avantage du Doute pour leur seconde création. Ses cinq membres se sont rencontrés par le prisme des TG Stan, et s’en sont inspiré dans leur méthode de création : pas de metteur en scène, tout le monde parle, tout le monde décide, pas de concession en vue du collectif, le dialogue et le désaccord sont créateurs. A la différence de la troupe belge, l’Avantage du Doute ne travaille pas sur des textes existants, mais est aussi un collectif d’écriture. Entre documentaire et fiction, mélangeant les prises de paroles, travaillant en montage de textes, d’interventions plus qu’en pensée globale, ils nous offrent un spectacle intelligent, simple, jovial.
Ne pas être oublié sur son siège dans le noir.
« Il y a une légende à Bornéo qui dit que les orang-outang savent parler, mais ne le disent pas pour ne pas avoir à travailler. » C’est à peu près la première phrase du spectacle, c’est Simon, qui nous a accueilli, qui fait un speach de départ, parce que lui, il ne joue plus, il est à la retraite, mais bon, comme il faut arrondir ses fins de mois, les gens du Collectifs lui ont dit de venir faire l’accueil… Ensuite, le spectacle commence (peut-être), avec une scène, minimaliste, de couple, d’un couple, qui règle les problèmes du foyer comme on règle les désaccords entre employés dans un open-space. La fiction a pointé le bout de son nez, puis se retire, pour qu’une comédienne vienne nous expliquer comment fonctionne le Pôle Emploi, puis pour qu’une autre nous lise des extraits d’un bouquin à absolument avoir sous la main en cas de coups durs… Et ainsi de suite. Pendant l’heure-vingt que dure le spectacle, avec quelques petites longueurs à des moments, mais bien peu, les choses se passent comme ça. Les cinq qui utilisent le plateau jouent sans cesse à nous inclure dans leurs conversations, à n’être jamais totalement dans une fiction, ni jamais totalement dans une parole documentaire, à rire en contournant le cynisme, à nous inviter à rire avec eux parce que ça fait du bien, mais pas que, parce que rire c’est comprendre aussi…
C’est un spectacle qui serait compliqué à définir. On en dirait que c’est un bel objet, peut-être. Plutôt que c’est quelque chose d’aujourd’hui, ancré pleinement dans aujourd’hui, qui ne donne pas de leçons de rien, qui n’est pas supérieur à ceux qui le regardent. C’est une invitation aujourd’hui à rire et à se retrouver, à comprendre ou voir tout au moins des choses qui sont sous notre nez. Un spectacle qui nous prend en compte, c’est surtout ça qui est bien.
Matthias Claeys
La légende de Bornéo Collectif L’Avantage du Doute Avec : Simon Bakhouche, Mélanie Bestel, Judith Davis, Claire Dumas et Nadir Legrand Du 04 au 26 juin 2013 (relâche les 06, 10, 11, 17, et 24) 19h30 (les dimanches à 16h) Théâtre de la Bastille 76 rue de la Roquette – Paris 11ème Métro Bastille ou Voltaire 01 43 57 42 14 / www.theatre-bastille.com Durée : 1h20 Crédit Photo : Huma Rosentalski