Muerte y reencarnación en un cowboy
de Rodrigo Garcia / du 11 au 19 janvier / Théâtre de Gennevilliers
Rodrigo Garcia est de retour. Toujours sur fond de désespoir, de volonté de lucidité, de vertige de la condition humaine, il nous sert cette fois-ci un duo masculin. Le spectacle est conçu comme un diptyque : d'abord on meurt, avec bruit et fracas, ensuite on revient, et on parle. Grosso modo.
La première partie, alors. Deux hommes, presque nus, encagoulés, avec des grelots cousus aux gagoules, qui s'acharnent sur des guitares électriques, branchées aux amplis. Leurs corps sont en soubresauts, en spasmes, tantôt désespérés, tantôt luttant, tantôt jouisseurs, tantôt idiots. Parfois ils s'empoignent, se câlinent, se frappent. Le son est saturé, vrombissant. Dans un désert de sens, deux hommes se meuvent et s'acharnent à se mouvoir. L'image sent un peu le réchauffé, même si elle fonctionne.
Ensuite, une longue transition, extérieure à la scène, filmée et retransmise, avec des poussins et une femme en costume de Japonaise, où Garcia fait du Garcia, apparemment juste pour faire du Garcia. L'image du début s'est perdue, rien n'atteint plus, au mieux ça intrigue un peu, on attend la suite.
Et la suite arrive, comme annoncée dans le titre, comme annoncée dans le programme. Ils reviennent, les corps apaisés. Et ils parlent. les poussins sont sur scène, on met un chat avec eux, et les cow-boys sur leur transat épiloguent sur le rire et sa perdition, l'amour et sa perdition, nos vies et leur vide vertigineux.
Voilà, Garcia a fait du Garcia. Bien sûr, le spectacle ne manque pas d'intérêt, mais il laisse un arrière-goût de déjà-servi. Comme une ritournelle qu'on connait trop bien, qui a perdu de sa subvertisité, non pas dans ce qu'elle propose, mais parce qu'elle l'a déjà proposé. Déjà dit, et de la même façon. Si on n'a jamais vu de Rodrigo Garcia, c'est un bon spectacle pour commencer. Quand on a suivi son travail, c'est moins savoureux. Et à certains égards ça donne une curieuse sensation de perte totale de sens, d'automatisme. Ce qui reste savoureux, cependant, et toujours, ce sont les rires des gens dans la salle. Rires jaunes, forcés, parfois bruyants, parfois contenu dans un hoquet, mais jamais simples et naturels. Les miens y compris. Là-dessus, Rodrigo Garcia transforme toujours l'essai.
Matthias Claeys
Muerte y reencarnaciòn en un cowboy
Texte et mise en scène : Rodrigo Garcia
Avec : Juan Loriente, Juan Navarro, Marina Hoisnard
du 11 au 19 janvier
Théâtre de Gennevilliers
41 avenue des Grésillons / Gennevilliers / Métro Gabriel Péri
www.theatre2gennevilliers.com / 01 41 32 26 26
Durée : 1h30
Crédit photo : Christian Berthelot