ORLANDO
Spectacle de Guy Cassiers et Katelijne Damen / Texte de Virginia Woolf / Théâtre de la Bastille / Du 05 au 10 novembre
Guy Cassiers et Katelijne Damen investissent le plateau du Théâtre de la Bastille pour donner à entendre et ressentir le texte Orlando, de Virginia Woolf.
Orlando est sûrement le roman le plus léger de l'auteure anglaise, léger parce que volant et tournoyant. Racontée par un biographe fantasque et amoureux des détours et approximations, on y suit l'histoire du héros éponyme, qui vivra plus de trois cents ans, depuis l'Angleterre Elizabethaine jusqu'à celle de l'âge industriel, en passant par Constantinople et le désert des Bohémiens, et qui à la moitié de sa vie deviendra une femme, juste comme ça.
Orlando, c'est une plongée dans la beauté de la langue, l'amour de la littérature et son âpreté, dans la fulgurante des émotions, l'instantané des sensations et la douceur de l'imaginaire. C'est aussi une traversée des étapes de la vie humaine, depuis les élans jusqu'aux résignations, depuis les chaos jusqu'aux harmonies, de la quête de l'identité, de la question du sexe et du genre.
Guy Cassiers a demandé à Katelijne Damen d'adapter le roman pour la scène, ce qu'elle a fait avec une grande maîtrise. C'est elle qui porte le texte (en néerlandais), enveloppée par la mise en scène de Guy Cassiers, la création vidéo de Frederik Jassogne et l'ambiance sonore de Diederih De Cock.
Cette ambiance générale, qui est tout à fait en adéquation avec le texte et ce qui s'en dégage, se révèle vite n'être finalement qu'un bel habillement. Or est-il nécessaire de bien habiller ce qui est déjà beau ? La question est posée... D'un côté, oui, parce que ça enveloppe, ça hypnotise un peu même (autant le son que la vidéo), ça amène plus loin parfois. D'un autre non, parce que ça ferme les portes de l'imaginaire, ça impose un cadre qui parfois contraint le propos là où le texte réclame la liberté de s'étendre et de remplir le vide.
Une fois qu'on s'est posé la question, on l'oublie et surtout on abandonne l'envie d'y répondre, tant l'interprétation de Katelijne Damen, malgré la barrière de la langue, nous embarque et rend à l'écriture sa splendeur, en évitant justement de n'être que respect devant la maîtrise de l'auteure, mais en prenant le risque de se la coller au corps, et d'accepter de la passer au filtre de sa subjectivité.
Orlando se révèle donc être un spectacle doux comme une rêverie de soir d'été, beau comme un conte libre de tout carcan, facile parfois mais toujours sur le fil d'une sensibilité captivante.
Matthias Claeys
Orlando Texte de Virginia Woolf Mise en scène et scénographie de Guy Cassiers Adaptation et interprétation : Katelijne Damen Traduction : Gerardine Franken Vidéo : Frederik Jassogne Son : Diederik De Cock Crédit Photo : Frieke Janssens Du 5 au 10 novembre - 21h (dimanche à 17h) Théâtre de la Bastille 76 rue de la Roquette - Paris 11 - Métro Bastille ou Voltaire 01 43 57 42 14 - www.theatre-bastille.com Spectacle en Néerlandais surtitré en Français - Durée 1h45