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Blog de critiques de spectacles vivants

14 Sep

HANNIBAL

Publié par Matthias Claeys

HANNIBAL

De C. D. Grabbe – mise en scène de Bernard Sobel – Théâtre de Gennevilliers

Bernard Sobel revient au théâtre de Gennivilliers, qu’il a créé, pour ouvrir la saison 2013-2014 avec Hannibal, une pièce de Christian Dietrich Grabbe, auteur « maudit » contemporain de Georg Büchner, montée pour la première fois en France.

Hannibal, décrit la longue chute du héros éponyme, depuis sa dernière victoire, à Cannes, jusqu’à son suicide. C’est Jacques Bonnaffé qui incarne ce personnage clairvoyant, qui sait ce qui lui est destiné mais ne cesse de combattre, à corps perdu, sans connaître espoir ni désespoir, qui sont des leurres.

Forcément, on est curieux de voir le spectacle d’ouverture de saison, qu’on se dit forcément particulièrement signifiant, puisqu’il a été choisi pour être le premier, et d’autant plus curieux qu’il est le fruit du retour de celui qui a insufflé l’énergie qui caractérise le Théâtre de Gennevilliers. Sobel, en plus, qui a su tout au long de sa carrière mettre à jour des textes inconnus avant lui... Et on tombe d’assez haut, il faut bien le dire. Tout est vieux, délavé et inodore à force d’avoir été servi, sauf le texte, jamais monté. Des bouts de décors peints qui descendent des cintres aux toges, aux costumes de simili-nazis, à la direction d’acteur, à l’ambiance sonore, tout fait penser à une boite de conserve qu’on aurait oublié, et qui aurait mal conservé.

C’est très étonnant de voir ce type de spectacle sur le plateau d’habitude si résolument contemporain de Gennevilliers. Un spectacle qui semble à peine remis des bouleversements que Brecht a imposé à la représentation au milieu du siècle dernier, qui utilise peu ou prou les mêmes artefacts, avec en plus la fâcheuse manie de prendre le texte au pied de la lettre, de nous montrer ce qui est décrit et de faire faire aux acteurs ce qu’ils disent qu’ils font.

En soi, rien n’est de mauvaise facture, le texte est présent, les acteurs sont techniquement bons, nous offrent même par endroits de beaux moments (Jacques Bonnaffé reste Jacques Bonnaffé), mais c’est comme si, outre l’impression que ça laisse de n’être pas dans la bonne époque (impression laissée malheureusement par beaucoup de productions), le spectacle s’était trompé de lieu. Bien sûr, il ne s’agit pas pour être contemporain de mettre tout le monde tout nu, ou d’utiliser de la vidéo et des micros, ou encore d’être nécessairement performatif, mais on est en droit tout de même d’attendre du spectacle vivant, vu qu’il dit qu’il l’est, qu’il interroge sa façon de narrer en fonction de l’époque et de lieu dans lesquels il est créé. Or ici, Bernard Sobel nous livre une mise en scène mâchée depuis bien trop longtemps, et au lieu de nous faire découvrir ce texte, de nous l’éclairer d’une lumière inconnue et réjouissante, il l’enterre irrémédiablement, et nous fait prendre la résolution d’éviter tant qu’on pourra les toges et les uniformes nazis.

Matthias Claeys

HANNIBAL
Texte original : Christian Dietrich Grabbe 
Texte français : Bernard Pautrat
Mise en scène : Bernard Sobel En collaboration avec Michèle Raoul-Davis
Avec : Sarah Amrous, Jacques Bonnaffé, Romain Brosseau, Eric Castex, Pierre-Alain Chapuis, Laurent Charpentier, Jean-Claude Jay, Simon Gauchet, Claude Guyonnet, Yann Lefeivre, Vincent Minne, Anaïs Muller, François-Xavier Phan, Tristan Rothhut, Gaëtan Vassart.
Décor : Lucio Fanti
Costumes coiffures, maquillage : Mina Ly
Son : Bernard Valléry
Lumière : Dominique Borrini
Crédit photo : Hervé Bellamy

Durée : 2h40 sans entracte

Théâtre de Gennevilliers
41 avenue des Grésillons – Gennevilliers – métro Gabriel Péri
www.theatre2gennevilliers.com - 0141322626
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