J'EXPIRE AUX LIMBES D'AMOUR INAVOUE
Cie de L’éventuel hérisson bleu – du 17 au 28 septembre – La Loge
Hamlet en plein air, à l'intérieur
La compagnie de L’éventuel hérisson bleu, menée pour ce projet par Milena Csergo (qui a écrit le texte et assure la mise en scène et la scénographie) s’est attaquée à un sacré gros morceau : Hamlet. Leur idée, leur envie, c’est de se réapproprier le mythe, faire leur la fable, l’investir comme ils en ont envie pour parler, exprimer ces choses précises qu’ils avaient envie de dire. C’est se permettre la liberté jubilatoire de dire maintenant, c’est nous qui racontons. C’est parler de l’amour, de l’amour tout le temps, l’amour quand il est beau et quand il est moche, qu’il pue et qu’il détruit, parce que même « dans les poubelles, il y a des fleurs. "
Il y a peu, finalement, à dire sur ce spectacle, sinon à faire une liste de compliments. Compliments parce que le texte est très beau, très fou, plein de culture, plein de poésie et tout aussi plein d’actualité, de facéties. Parce que la mise en scène a l’intelligence de ne pas croire que le texte suffit, que sa beauté doit être un frein à l’imagination, à ne pas croire surtout que le texte est plus important que le reste : non, les images, ici, sont soignées, inventives, drôles, emmènent ailleurs, racontent d’autres choses, accompagnent, étoffent. Les acteurs, aussi, dingues du plaisir de jouer, rigoureux dans leur manière de dire, de nommer les choses, de mouvoir leur corps, de danser, sont très touchants. La musique, le piano, les lumières, tout s’ajoute, rien n’est là par hasard, mais parce que tout ce qui est là ajoute du sens, du clin d’œil, étoffe la lecture du mythe, du monstre Hamlet.
Et la lecture du mythe, donc, qui est à l’origine de ce si bel objet : c’est redire l’histoire d’Hamlet, la revivre, où un enfant qu’on voudrait trop adulte se sent le devoir de porter la croix de la justice, de la vengeance, de régler ce qui le dépasse, et est écrasé par le poids insupportable du devoir du sang, écrasé par sa non compréhension des choses, écrase tous ceux qui l’entourent par son dégoût grandissant d’un monde qui ne l’accueille plus plein d’amour mais lui montre la laideur des sentiments contrariés, de tout ce qui en nous pourrit ; puis passer de l’autre côté de la vie, rejoindre les morts là où ils sont pour entendre leurs dernières litanies, leurs espoirs éternels, leurs rires grinçants ou devenus plus purs que tout.
Tout ça dans une atmosphère aigre-douce, qui prend au théâtre populaire, qui prend à la musique, à la danse, au clown, aux classiques et aux contemporains tout ce qui peut être pris pour être fédérateur, inventif, beau, simple, truculent et joyeux.
Comme une odeur de champ en fleur, un parfum de ruisseau sale, un air de noces en extérieur, une texture de polaroïd, une chaleur de super-huit, avec en sourdine, mais présente, sans cesse, l’âpreté du contact au réel, à la mort, à la finitude des choses, à leur poids, à l’héritage, à la vengeance et aux chairs éclatées.
Matthias Claeys
J’expire aux limbes d’amour inavoué
Cie de L’éventuel hérisson bleu
Texte, mise en scène et scénographie : Milena Csergo
Avec : Marion Bordessoulles, Lou Chrétien, Romain Louveau, Hugo Mallon, Antoine Thiollier et Charles-Henri Wolf
Création lumière : Luc Michel / Création costumes : Alis Descieux Read / Arrangements et création musicale : Romain Louveau
Du 17 au 28 septembre à 21h à la Loge (relâche les 21 et 22 septembre)
77 rue de Charonne / Paris 11 / métro Charonne - Bastille - Ledru-Rollin
01 40 09 70 40 / www.lalogeparis.fr
photo : copyright : Vinciane Verguethen