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Blog de critiques de spectacles vivants

19 Sep

LA FEMME QUI TUA LES POISSONS

Publié par Matthias Claeys

LA FEMME QUI TUA LES POISSONS

Spectacle de Bruno Bayen – du 17 septembre au 14 octobre – Théâtre de la Bastille – Festival d’Automne à Paris

Dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, Bruno Bayen s’empare de chroniques de Clarice Lispector, et nous donne la joie d’entendre la subtilité et l’humour des textes de l’écrivain brésilienne (sic) joliment interprétés par Emmanuelle Lafon.

Clarice Lispector, écrivain culte au Brésil, a écrit ses chroniques de 1967 à 1973 dans le Jornal do Brasil (chroniques publiées dans le recueil La Découverte du Monde). Refusant de parler de politique, refusant d’être une intellectuelle, refusant l’héroïsme, elle a dans ses chroniques exploré le quotidien, la métaphysique de l’anecdote, le mysticisme, avec un humour, une légèreté, une profondeur et un culot tout à fait particuliers.

C’est une riche idée qu’a eu Bruno Bayen de porter sur le plateau cette écriture, qui en plus s’y prête à merveille. En effet, il y a dans ces textes une adresse franche, décomplexée, au lecteur, qui donne à la comédienne une belle possibilité de confrontation directe au public, avec laquelle Emanuelle Lafon s’amuse avec dextérité. Il y a quelque chose de très frais, de très direct, de nu dans son jeu, de séduisant comme la parole d’une enfant. Une enfant dans la frontalité à certains moments, et dans les détours improbables à d’autres. Le voyage au fil des pensées de celle qui n’a jamais voulu qu’on dise qu’elle était une écrivaine mais un écrivain, parce qu’un écrivain a les deux sexes, qu’on a parfois voulu réduire à une femme écrivant pour les femmes, est délicieux, donne à réfléchir pour un bon moment, de la pensée à emporter, qu’on garde avec soi après le spectacle, qui accompagne.

De la petite difficulté d’être tout à fait simple

Ce qui nous parvient, sous cette forme, c’est un peu l’accomplissement de l’exercice de style des chroniques de l’auteure. Elles sont d’autant plus vibrantes qu’elles semblent naitre de l’instant, d’une gorgée de café, de la réflexion d’un chauffeur de taxi avant d’arriver. Rien ne les place dans la retransmission, la comédienne ne nous joue pas Clarice Lispector, elle a l’air d’être là parce qu’elle y est bien et de dire ce qu’elle dit – et qui nous suspend à son souffle – parce que ça vient de lui traverser l’esprit. Le théâtre est là, dans ce « lâcher prise », comme le dit Bruno Bayen, qui crée comme un fil tendu entre elle est nous, ou tout parvient. Le spectacle est dans l’échange qui se dessine, qui prend forme. La douceur de ça, d’être comme avec une amie brillante, de s’adonner au plaisir de l’écouter, est rendue plus palpable par les lumières, cette ambiance de fin d’après-midi estivale, de temps qui s’est arrêté, un peu lourd au-dessus de nous.

Il est alors un peu regrettable que le metteur en scène ne fasse pas assez confiance en ce système, très simple et tout à fait suffisant pour nous atteindre, et se sente le besoin d’ajouter des objets, des accessoires, ou la présence d’un homme pas là mais quand même là, mi technicien mi intervenant, qui n’apporte rien, mais au contraire met un peu à mal le charme de ce qui se passe.

Le texte, le jeu de la comédienne et les lumières auraient suffi, suffisent. Parfois, ce n’est pas être fainéant que de parier sur la simplicité.

Matthias Claeys

La femme qui tua les poissons
D’après La Découverte du monde de Clarice Lispector
Adaptation et mise en scène, Bruno Bayen
Avec Emmanuelle Lafon, Vladimir Kudryavtsev
Du  17 septembre au 14 octobre au Théâtre de la Bastille
76 rue de la Roquette / Paris 11 /Métro Voltaire ou Bastille
01 43 57 42 14 / theatre-bastille.com
Durée : 1h20
photo : (c) Huma Rosentalski
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