MEMORIES FROM THE MISSING ROOM
Marc Lainé / Philippe Dupuy / Moriarty / du 10 septembre au 7 octobre / Théâtre de la Bastille
Une rencontre tout ce qu’il y a de plus attirante entre le metteur en scène Marc Lainé, le dessinateur Philippe Dupuy et le groupe Moriarty, pour une plongée dans le fantasme de la chambre de motel américain, dans le film noir, dans le meurtre et le cauchemar, dans l’humour et la fulgurance. Emoustillant.
Memories from the missing room est le quatrième et dernier volet de la plongée de l’auteur/metteur en scène Marc Lainé dans la culture populaire américaine. Dans ce spectacle tout en anglais, il nous baigne, nous plonge, nous noie dans la musique, nous qui sommes tous plus ou moins les enfants de la culture pop-rock, et joue avec les codes, les clichés d’une esthétique « à l’américaine » qu’on connait, surtout de par le cinéma : chambre de motel, meurtres, répliques déjà sanglantes, humour du désespoir.
Moriarty est un groupe de musique franco-américain qui, depuis son premier album, vogue avec une grande intelligence dans les courants du rock, de la folk, du blues et de la country. Le groupe avait déjà composé la musique d’un des spectacles de Marc Lainé en 2008, et à l’occasion de la sortie de son dernier album « The Missing Room », se plonge avec un plaisir apparent dans le projet de ce-dernier : faire de ce dernier album la musique et le prétexte du spectacle, et l’interpréter sur scène.
Philippe Dupuy, dessinateur de bandes-dessinées, se prête à un jeu qu’il connait déjà, ayant participé à des « concerts illustrés » : créer pendant le spectacle, en direct une animation qui vient parfaire le tout.
Le dispositif est ainsi posé : Moriarty a composé un album, qui sent la tournée, qui sent la route et la solitude, Marc Lainé s’en inspire et crée une trame, un noyau dramatique, Philippe Dupuy dessine par-dessus ça, et le tout est un spectacle, et pas la combinaison malhabile de trois arts. Forcément, ça attise la curiosité. Et la satisfait.
« And there’s not even a minibar… »
Le dispositif scénique est très simple, et très beau. Reconstitution d’une chambre d’hôtel, de motel, dans l’esprit d’un plateau de cinéma. Le mur du fond tourne pour laisser apparaitre le groupe pour les moments musicaux, le dessinateur est hors du plateau, mais visible, et ses dessins sont projetés. Toute la scénographie est très bien pensée, puissante, tout comme les lumières, d’une finesse et d’une délicatesse incroyables.
Les scènes sont pour la plupart très drôles, jouent avec cet humour à la Tarentino, brutal, caustique, violent. Les acteurs sont dirigés selon le code de jeu qui va avec, et sont tout à fait convaincants, notamment l’homme plus vieux, qui en arrive à être remarquable. L’histoire qui se trame, ou la non-histoire, ou toutes les possibilités possibles d’histoires qui se noue(nt) entre les trois acteurs est (sont) parfaite(s). Cependant, et c’est dommage, peut-être que c’est dû à une peur que nous ne puissions pas suivre, ou à un sur titrage trop peu efficace, l’envolée qu’on pourrait espérer n’arrive pas, il y a parfois comme une sorte de lenteur, de difficulté au décollage… Ce qui n’enlève pas que la musique de Moriarty est d’une justesse incroyable dans ce décor, dans cette atmosphère, dans cette histoire glauque et inextricable… à moins que ce ne soit l’inverse ; que la technique de projection de l’animation est très bien pensée, avec ses dessins percutants, qui amènent ailleurs, échappent le propos, ouvrent.
C’est un spectacle très intéressant qui est proposé là, parce qu’il est l’alliage de trois sortes de spectacles, et en devient une nouvelle sorte, une pièce de théâtre concert film d’animation, rien ne l’emporte sur rien, et en ça c’est vraiment très réussi. Une autre façon d’écouter de la musique, une autre façon d’envisager une représentation théâtrale, une autre façon de voir les choses et de les éprouver, qui touche et ravit.
Matthias Claeys
Memories from the missing room
Ecriture et mise en scène : Marc Lainé
Dessiné par : Philippe Dupuy
Musique et interprétation : Moriarty
Avec : Geoffrey Carey, Priscilla Bescond et Philippe Smith
Du 20 septembre au 7 octobre au Théâtre de la Bastille
76 rue de la Roquette – Paris 11 / Métro Voltaire ou Bastille
01 43 57 42 14 / theatre-bastille.com
Durée : 1h30
photo (c) Stephen Zimmerli