LE JARDIN DE RECONNAISSANCE
United Mégaphone / les 18-19-20-25-26-27 septembre 21h / La Loge
La compagnie United Mégaphone s’empare d’un texte de Valère Novarina, Le jardin de reconnaissance, pour ne jamais le dépasser. Dommage…
Le jardin de reconnaissance, c’est le dialogue entre Le Bonhomme de Terre et La Femme Séminale, virevoltant et furieux, entrecoupé des interventions de La Voix d’ombre, qui parle et déparle de l’espace et du temps, de ce dont nous sommes faits mais étrangers, de nos séparations et nos impossibles, du langage qui nous appartient mais qui ne dit rien, de celui qui dit tout à qui nous appartenons, du tout qui ne nous englobe pas assez, des volontés qu’on exprime mais qu’on ne veut pas suffisamment, de notre tentation à gésir et de notre incapacité à le faire. Grosso modo. Dans une langue, bien sûr, propre à l’auteur, qui est un enchantement d’inventivité, de rebonds, de sauts, de souffle, qui déforme tout pour pouvoir tout dire sans obstacle.
Ça, l’équipe l’a bien compris, et on peut leur reconnaître qu’ils (les acteurs) mettent une belle énergie à essayer de transmettre ce flot jouissif, qui se comprend en ne se comprenant pas, et qui est un exercice périlleux. Le péril, c’est de tomber dans quelque chose de pas senti, c’est-à-dire, à mon sens, de trop intellectuel, qui n’est pas passé par le corps, qui ne passe que par l’amusement des méninges et donc oublie l’urgence. Le péril, s’ils (les acteurs, toujours), l’évitent parfois avec brio, ils s’y prennent aussi quelque fois les pieds.
« Le verbe parler vient du verbe s’être tu. »
Mais surtout, ce qui est gênant, dans ce genre de pièce, c’est qu’on sent bien que le texte plait à l’équipe, mais qu’on ne comprend (perçoit) pas pourquoi ils l’ont monté, outre ça, outre ce plaisir. Qu’ont-ils à dire qui n’appartient qu’à eux en montant Le jardin de reconnaissance ? Assez peu de chose finalement, ou rien d’assez marqué pour que ça fasse mouche.
Il n’y a pas de direction d’acteur affirmée, si ce n’est dans la diction du texte, les corps des comédiens sont laissés sinon à l’abandon au moins au soin de leurs propriétaires, qui ne savent pas toujours quoi en faire. Les images qui sont « déployées », avec une volonté apparente de parler de l’enfance, du paradis perdu de l’innocence, sont poussives, et vétustes. Si ce n’est la musique, finalement trop peu présente, rien n’est construit, tissé, comme univers propre à cette compagnie, propre à leur vision des choses. Dans un endroit comme La Loge, dénicheurs de choses nouvelles, ancrées dans leur temps, dans l’aujourd’hui, c’est étrange de voir ce travail, qui monte une pièce de 1997 comme en 1997, comme si rien ne s’était passé depuis, comme s’ils n’étaient pas d’une nouvelle génération, comme si rien de neuf ne pouvait être fait ; et, en plus, au comble, malgré des acteurs qui sont talentueux, qui réussissent parfois à se dégager de très beaux moments, la mise en scène ne se contente pas d’avoir subi trop de lavages, elle pâti d’une nonchalance difficilement pardonnable.
Matthias Claeys
Le jardin de reconnaissance
United Mégaphone
Texte de Valère Novarina
Mise en scène : Hugues Chabalier / Assistante : Shams El Karoui
Avec : Maïanne Barthès, Judicaël Jermer et matthieu Lemeunier
Musique : Pieerick Monnereau / Lumière : Aurélien Guettard